| Ngoma
:
Père Recteur, vous vennez de totaliser six ans à la tête
du Collège Alfajiri. Pouvez-vous nous dire, de manière sommaire,
en quel état vous avez trouvé le Collège tant du
point de vue de l'éducation, de la discipline scolaire, dela qualité
de l'enseignement et de la performance du corps professoral.
Quel est selon vous le bilan
après six ans de travail ?
Père Recteur
:
Selon mon appréciation, lorsque je suis arrivé en octobre
98, le Collège se portait très bien. D'abord, je rappelle
qu'à ce moment, octobre 98, nous étions au 3ème mois
de la deuxième guerre.
Toutes les activités ou presque étaient arrêtées
dans une partie du Sud-kivu et notamment à Bukavu; donc, les écoles
n'avaient pas encore repris.
D'ailleurs, c'est à causse de cela que je suis arrivé seulement
en octobre. Nous avons pu reprendre les activités scolaires début
janvier 99. Ce qui veut dire que déjà au démarrage,
nous commencions une année un peu particulière, le calendrier
scolaire était bouleversé et il fallait y faire face.
Ce que j'ai pu constater
à ce moment-là c'était la bonne volonté et
le désir de tout le monde de se mettre au travail pour sauver l'année
: parents, professeurs, élèves. Et grâce à
l'effort de tout le monde, nous avons fonctionné et nous avons
terminé l'année dans de bonnes conditions. Tout le monde
y a apporté du sien pour que l'année soit réussie
et bien réussie. Par la suite, malgré toutes les perturbations,
les difficultés, les crises vécues, le Collège a
pu travailler avec le sérieux habituel et la rigueur qui le caractérise;
et cela, je le dis encore une fois, grâce à l'effort et à
la contribution de tout le monde, de toute la communauté éducative.
Il est évident que
tous les événements vécus pendant ces six années,
les perturbations, les traumatismes, les violences, l'insécurité
ne se sont pas passés sans laisser des traces, sans avoir des conséquences.
Les conditions de travail, l'attention, la concentration en ont pâti
nécessairement. Peut-être aurions-nous pu avoir des résultats
bien meilleurs; n'empêche que je me permets de dire que ces mêmes
événements ont été un défi pour nous
tous pour ne pas laisser tomber les bras, pour ne pas laisser dégrader
les choses.
Je pense aussi
que ces six années vécues dans les conditions dans lesquelles
nous les avons vécues nous ont permis de tisser des liens de solidarités
et d'unité. Je crois qu'elles nous ont permis de grandir en tant
que communauté éducative.
Ngoma:
Durant ces six ans, quels sont les événements
heureux qui vous ont marqué positivement, et ceux que vous regrettez
à Bukavu en général et au Collège en particulier
?
Père
Recteur :
Question difficile. Puis-je parler d'événements
heureux et d'événements que je regrette ? Je ne m'exprimerais
peut-être pas ainsi. Ces années ont été très
riches et elles m'ont permis d'apprendre beaucoup de choses. C'est vrai
qu'il y a eu des moments plus joyeux et d'autres plus difficiles et, même,
plus douloureux, mais tous ont été pour moi une occasion
de continuer à grandir dans la foi, de mieux connaître les
personnes, de meiux les comprendre et de mieux vivre mon engagement à
la suite du Christ au service des autres. J'ai beaucoup appris, comme
je l'ai dit auparavant, et je crois que je ne regrette rien; du moins,
je ne le vois pas pour le moment.
Ngoma :
Quelle recommandation pouvez-vous adresser à vos élèves
et professeurs, et à tous ceux qui, de Bukavu ou d'ailleurs, vous
liront à travers les échos de Ngoma ?
Père Recteur
:
Des recommandations ? Je ne sais pas. Je voudrais simplement dire ceci.
La vie de chacun et son avenir se trouvent dans ses propres mains et le
sort et l'avenir de la société, du pays se trouvent dans
les mains de nous tous. Nous devons être conscients de cela et prendre
nos responsabilités. Nous sommes et nous serons ce que nous aurons
voulu faire de nous-mêmes, personne ne peut nous faire ou nous façonner
à notre place. Et c'est un effort de tous les jours.
Notre dignité de
personne, notre liberté et toutes les autres valeurs humaines ne
sont pas des cadeaux que l'on reçoit tout faits ; ce sont des conquêtes
de chaque jour qui doivent être défendues et sauvegardées
à tout moment.
Travaillons, donc, ensemble
pour faire de nous-mêmes des êtres nouveaux et pour faire
de notre monde un monde plus juste, plus vrai, plus humain où nous
pourrons tous vivre plus heureux. Et tout cela avec l'aide de Dieu.
Ngoma :
Père Recteur, la Revue Ngoma ne peut que vous remercier non seulement
pour toutes les recommandations que vous adressez à la jeunesse
collégienne, mais surtout pour tous les efforts déployés
pour la bonne marche du Collège dans un contexte particulièrement
troublé.
Pour la Revue
Ngoma
Conny MUHINDO
Cicéron
6ème Littéraire
Revue Ngoma, N°2/2003-2004
Page 41-43
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