INTERVIEW DU P. Carlos MEIJA, sj. Recteur du Collège Alfajiri(1998-2004)

Ngoma :
Père Recteur, vous vennez de totaliser six ans à la tête du Collège Alfajiri. Pouvez-vous nous dire, de manière sommaire, en quel état vous avez trouvé le Collège tant du point de vue de l'éducation, de la discipline scolaire, dela qualité de l'enseignement et de la performance du corps professoral.

Quel est selon vous le bilan après six ans de travail ?


Père Recteur :
Selon mon appréciation, lorsque je suis arrivé en octobre 98, le Collège se portait très bien. D'abord, je rappelle qu'à ce moment, octobre 98, nous étions au 3ème mois de la deuxième guerre.
Toutes les activités ou presque étaient arrêtées dans une partie du Sud-kivu et notamment à Bukavu; donc, les écoles n'avaient pas encore repris.
D'ailleurs, c'est à causse de cela que je suis arrivé seulement en octobre. Nous avons pu reprendre les activités scolaires début janvier 99. Ce qui veut dire que déjà au démarrage, nous commencions une année un peu particulière, le calendrier scolaire était bouleversé et il fallait y faire face.

Ce que j'ai pu constater à ce moment-là c'était la bonne volonté et le désir de tout le monde de se mettre au travail pour sauver l'année : parents, professeurs, élèves. Et grâce à l'effort de tout le monde, nous avons fonctionné et nous avons terminé l'année dans de bonnes conditions. Tout le monde y a apporté du sien pour que l'année soit réussie et bien réussie. Par la suite, malgré toutes les perturbations, les difficultés, les crises vécues, le Collège a pu travailler avec le sérieux habituel et la rigueur qui le caractérise; et cela, je le dis encore une fois, grâce à l'effort et à la contribution de tout le monde, de toute la communauté éducative.

Il est évident que tous les événements vécus pendant ces six années, les perturbations, les traumatismes, les violences, l'insécurité ne se sont pas passés sans laisser des traces, sans avoir des conséquences. Les conditions de travail, l'attention, la concentration en ont pâti nécessairement. Peut-être aurions-nous pu avoir des résultats bien meilleurs; n'empêche que je me permets de dire que ces mêmes événements ont été un défi pour nous tous pour ne pas laisser tomber les bras, pour ne pas laisser dégrader les choses.


Je pense aussi que ces six années vécues dans les conditions dans lesquelles nous les avons vécues nous ont permis de tisser des liens de solidarités et d'unité. Je crois qu'elles nous ont permis de grandir en tant que communauté éducative.

Ngoma:
Durant ces six ans, quels sont les événements heureux qui vous ont marqué positivement, et ceux que vous regrettez à Bukavu en général et au Collège en particulier ?

Père Recteur :
Question difficile. Puis-je parler d'événements heureux et d'événements que je regrette ? Je ne m'exprimerais peut-être pas ainsi. Ces années ont été très riches et elles m'ont permis d'apprendre beaucoup de choses. C'est vrai qu'il y a eu des moments plus joyeux et d'autres plus difficiles et, même, plus douloureux, mais tous ont été pour moi une occasion de continuer à grandir dans la foi, de mieux connaître les personnes, de meiux les comprendre et de mieux vivre mon engagement à la suite du Christ au service des autres. J'ai beaucoup appris, comme je l'ai dit auparavant, et je crois que je ne regrette rien; du moins, je ne le vois pas pour le moment.

Ngoma :
Quelle recommandation pouvez-vous adresser à vos élèves et professeurs, et à tous ceux qui, de Bukavu ou d'ailleurs, vous liront à travers les échos de Ngoma ?


Père Recteur :
Des recommandations ? Je ne sais pas. Je voudrais simplement dire ceci. La vie de chacun et son avenir se trouvent dans ses propres mains et le sort et l'avenir de la société, du pays se trouvent dans les mains de nous tous. Nous devons être conscients de cela et prendre nos responsabilités. Nous sommes et nous serons ce que nous aurons voulu faire de nous-mêmes, personne ne peut nous faire ou nous façonner à notre place. Et c'est un effort de tous les jours.

Notre dignité de personne, notre liberté et toutes les autres valeurs humaines ne sont pas des cadeaux que l'on reçoit tout faits ; ce sont des conquêtes de chaque jour qui doivent être défendues et sauvegardées à tout moment.

Travaillons, donc, ensemble pour faire de nous-mêmes des êtres nouveaux et pour faire de notre monde un monde plus juste, plus vrai, plus humain où nous pourrons tous vivre plus heureux. Et tout cela avec l'aide de Dieu.

Ngoma :
Père Recteur, la Revue Ngoma ne peut que vous remercier non seulement pour toutes les recommandations que vous adressez à la jeunesse collégienne, mais surtout pour tous les efforts déployés pour la bonne marche du Collège dans un contexte particulièrement troublé.

Pour la Revue Ngoma

Conny MUHINDO Cicéron
6ème Littéraire


Revue Ngoma, N°2/2003-2004 Page 41-43
 !    Carlos MEIJA.sj Interview

CARLOS MEJIA
Le Père Carlos MEIJA, sj, Recteur
du Collège Alfajiri de puis 1998