UN MOT SUR L'HISTOIRE DU COLLEGE ALFAJIRI

L'Histoire du Collège, que nous retraçons ici, aura, espérons-le, la faveur de plaire aux Anciens. Nous avons à dessein renoncé à vous présenter des listes fastidieuses, pour retracer la "vie" du Collège, celle que vous avez vécue avec nous dans les belle années de votre jeunesse. Dans un style peu académique, studenticos même, les auteurs de cette histoire, vous promènent de la préfecture au jardin d'enfants, du stade au beach. Vous aurez le plaisir de vous arrêter à des coins riches de souvenirs, où vous verrez surgir tout à coup le nom de tel ou tel copain sympathique. En la parcourant vous revivrez les nombreuses activités du Collège : études, cérémonies religieuses, sports, théâtre, scoutisme, Revue, et le reste; bref, tout ce pour quoi vous vous êtes emballés.

En 25 ans plus de 3500 élèves furent inscrits au Collège; ils sont aujourd'hui répartis sur les cinq continents. C'est à eux tous que nous dédions cet album. Comme vous le verrez, tantôt la caravelle "Stella Duce" a eu le vent en poupe, tantôt elle a traversé l'orage; mais, guidée par son étoile, la Sainte Vierge, elle a remporté la victoire sur les tempêtes, et réalisé son double idéal de christianiser le Congo et de servir les pays. Puissent les années à venir être aussi riches en souvenirs que celles que nous avons retracées ici avec joie et fierté. Lors de son voyage en Belgique en 1938, S.E. Monseigneur Leys, Vicaire Apostolique du kivu, fut instamment prié par le Ministre des Colonies d'organiser à Costermansville un collège pour les garçons qui, jusqu'alors, avaient suivi les cours "chez les filles" mais n'étaient pas autorisés à y demeurer après l'âge de 12 ans. Monseigneur entreprit sur le champ des démarches auprès des RR. PP. Jésuites pour demander leur concours.

Faute de personnel disponible, ces derniers ne purent accepter cette charge immédiatement. Monseigneur Leys dut donc démarrer avec les moyens de bord, c'ets-à-dire avec son personnel missionnaire Fin octobre 1938, il télégraphia de Belgique pour extraire de la brousse de Masisi le Père Mosmans et l'aiguiller sur Costermansville où trois garnements qui jouissaient de vacances prolongées, se trouvaient en panne. L'un était en 6e (Christian Met den Ancxt), l'autre en 5e (Joseph Sterckx) et le troisième en 4e(Robert Stephenson). Ce furent les fondateurs du Collège. Après quelques pourparlers question meubles et immeubles, le Collège débuta le 7 décembre 1938 à 8 heures du matin sous le nom de "Collège St, Charles" dans la maison-agrandie depuis - qui se trouve au bord du lac, juste avant la bifurcation vers l'hôpital. La plaine de football de laKawa, toute proche, servait de cour de récréation. On y fouait des matches à ... quatre. Voilà les origines les plus lointaines du Victory.

Dès les premiers jours, les Soeurs du pensionnat proposèrent au collège les garçons externes qui suivaient chez elles les cours de 5e et de 6e primaires. C'était le moyen d'étoffer et les effectifs des classes et ... l'équipe de foot. Accord fut marqué et le 5 janvier 1939, le collège comptait sept élèvses (avec les précédents, Raymond Beckers, Edmond Matthys, Luigi Meneghini et Jean Seldeslachts) tous externes: les internes de 5e ET 6e primaires durent rester au pensionnat. Au cours du second trimestre de cette première année scolaire, la question se posa d'accepter les élèves habitant hors ville. Les premiers qui se présenterent, durent trouver du logement en ville, mais peu à peu ils arrivèrent et l'année scolaire se termina glorieusement avec quatorze élèves, une équipe de foot-ball au complet et un embryon de troupe scoute.

Au cours du troisième trimestre, commence à la mission la construction d'un bâtiment pour le Collège : un réfectoire (5x7), un dortoir, deux petites classes (5x3,5), une grande classe-ssalle d'étude (5x7) et cinq douches. L'année scolaire 1939-1940 s'ouvrit en septembre, classes de 5e ET 6e primaire et de 6e latine, avec environ vingt-cinq élèves. L'internat pouvait héberger... quatorze élèves. Comme le deuxième rofesseur prévu, le P. Thuysbaert, ne devait arriver que fin novembre, le vieux Père Colle, prit sa part des cours; ceci permit d'aller de l'avant. En janvier 1940 survint Antilope (Paul Poncelet) qui organisera la troupe et la lança à fond. Ce fut le début des grandes aventures de la troupe scoute. En ce temps-là, les élèves étaint courageux : les mardis et les jeudis après-midi, ils dégriongolaient la colline pour se rendre à la Botte et y nager. les dimanches, on trouvait tout naturel de faire deux heures de marche pour aller à la presqu'îl Dierckx, qui n'était à cette époque qu'un grand bois d'eucalyptus, splendide terrain de jeux tant nautiques que terrestres. Le retour était évidemment un peu pénible et la petite colonne regagnait le Collège par pelotons, échelonnés sur un temps de 1 heures 30 à 2 heures Mais on recommençant à la première occasion avec la même ardeur. Durant cette année scolaire la guerre éclate en Europe : la question de l'avenir du Collège se pose avec acuité. Le Pères Blancs ne pensaient plus pouvoir compter sur les Pères Jésuites puisque toutes les relations étaient coupées. Monseigneur Leys décida donc de faire tous les sacrifices nécessaires et il prépara la fermeture d'un poste de mission pour disposer du personnel requis. Il commença également des démarches pour la construction du Collège définitif. On écrivit au P. Mols, Recteur du Collège de Léo, pour avoir un spécimen des plans de son collège pour servir d'inspiration et de documentation. La réponse vint sous forme d'une lettre du Délégué Apostolique annonçant l'arrivée incessante de Mgr. Verwimp et du R.P. Van Wing, et demandant de suspendretoutes les démarches entreprises pour le collège définitif. Ces personnalités vinrent en effet et décidèrent que les PP. Jésuites reprendraient le collège. Mais comme ils ne pouvaient recevoir du personnel de Belgique, il fut décidé que le collège serait dirigé par une équipe Jésuites-Pères Blancs.

Quelques mois plus tard, en mars 1941, le Père Monnens, qui avait dû fuir de Rome au moment de l'invasion de la Belgique et qui était arrivé au Congo via le Portugal. Vint à Bukavu pour s'occuper de la construction du collège définitif. C'est lui qui conçut et réalisa le splendide Collège Notre-Dame de la Victoire. Mais comme ils ne pouvaient recevoir du personnel de Belgique, il fut décidé que le collège serait dirigé par une équipe Jésuites-Pères Blancs. Quelques mois plus tard, en mars 1941, le Père Monnens, qui avait dû fuir de Rome au moment de l'invasion de la Belgique et qui était arrivé au Congo via le Portugal. Vint à Bukavu pour s'occuper de la construction du collège définitif. C'est lui qui conçut et réalisa le splendide Collège Notre-Dame de la Victoire. Mais en attendant, l'année scolaire 1940-41 devait être organisée pour les quarante-deux élèves, dont vingt-sept internes. Le bâtiment fut allongé : les couchettes *furent superposées pour augmenter la capacité du dortoir et, durant toute l'année, on vécut pratiquement au milieu des travaux, car à chaque trimestre, la place manquait et il fallait trouver de nouvelles solutions. Bref, ce fut épique.

Comme la salle de récréation avait dû être transformée en classe, un bâtiment en terre battue fut construit comme salle de jeux. Ce n'était pas "magnifique" mais présentait pour les élèves de multiples avantages. Les charpentes permettaient des acrobaties variées et comme la monotonie engendre l'ennui, les élèves avaient toute latitude de modifier l'aspect des lieux. Ils perçant de nouvelles fenêtres et en fermaient d'autres : un théâtre est construit qui occupe une grande partie de la salle (la majorité des internes étaient du reste acteurs : la difficulté était de trouver des spectateurs) : les acteurs devaient veiller avec soin à leurs crânes : ils frôlaient les lois : les coulisses étaient en plein air et on y accédait par un beau plongeon à travers une fenêtre conçue pour cet usage. Les succès furent d'autant plus éclatants que tout le monde avait pratiquement un rôle à jouer et que, tout naturellement, on s'estimait satisfait de son travail. Evidemment toute la vie du collège ne se bornait pas à ce théâtre, ni aux grandes excursions qui s'étendirent et gagnèrent en pittoresque et en imprévu.

En septembre 1940 il y avait une 5ème latine (P. MOsmans), une 6ème latine (P.Thuysbaert) et les 7ème et 8ème (P.Bongaarts). Comme personnel, c'était fort juste et il ne faillait pas que quelqu'un tombe malade. Or précisément au début du troisième trimestre, le P.Thuysbaert dut être opéré et peu après, le P.Bongaarts alla lui tenir compagnie à l'hôpital car il s'était vilainement démis le genou. Il y eut donc quatre classes et un professeur. Ce fut du sport. Les cours commençant à 8 heures jusqu'à midi et reprenaient à 2 heures pour durer jusqu'à 6 heures.

Le seul Père survivant allait d'une classe à l'autre et se faisait aider par les "grands" de 5ème latine qui donnaient à tour de rôle des cours en 7ème et 8ème. Inutile de dire qu'au point de vue discipline, ces professeurs "improvisés" étaient de véritables tyrans, d'une exigence et d'une sévérité implacable. Ce fut au fond une excellente"affaireé pour les professeurs attitrés, car, par contraste, leur sévérité parut une indulgence toute paternelle et, quand ils reprirent les rènes, ils trouvèrent un auditoire extraordinairement bien disposé.

Cette année scolaire vit les premières victoires en foot ar le P.Bongaarts, connu bientôt comme un "international de classe", sut former une équipe qui ne connut pas la défaite durant de longues années. Ce fut aussi l'année du lancement de la troupe scoute; les grandes aventures ne manquèrent pas, entre autres un formidable jeu de Morgan qui passionna la ville entière et provoqua de sensationnelles courses d'autos. Pendant ce temps le P.Monnens se démenait pour organiser la construction du collège et en juillet 1941, les premiers indices du chantier se dessinèrent sur le terrain. A la fin des grandes vacances nous arrive le premier professeur jésuite, le P. Poelmans; en septembre 1941 s'inaugure la 4ème année du collège toujours à la mission et qui comprenait les calsses depuis la 8ème jusqu'à la 4ème. En septembre 1941, le collège "Saint Charles", dirigé jusq'alors par le Père Mosmans, devenait le "Collège S.J.". C'est que le RP Monnens, Jésuite, prenait le gouvernail du collège en main, comme recteur. Depuis quelques mois déjà, Bukavu s'était familiarisé avec sa haute stature. On le voyait dans tous les bureaux, dans tous magasins, sur tous les chantiers, toujours à l'affût de matériel de construction pour son nouveau collège. A ce moment, la première aile des cambres d'élèves sortait à peine de terre. Le 19 septembre, le nouveau recteur attendait quelques 35 internes : ils arrivaient... au compte-gouttes, par mer (si le charmant lac kivu mérite ce nom), par la voie des airs... les uns aujourd'hui, d'autres le lendemain, quelques-uns seulement le surlendemain...on est au Congo. On s'embrarque pour la nouvelle année scolaire sans tarder, sans attendre les retardataires. En effet, le lendemain, 20 septembre, quand le chauffeur a déversé sa charge vivante d'externes, tout le monde est embrigadé : à partir de nos "rhétoriciens" de 4ème latine jusqu'aux moutards de 8ème préparatoire. Les "anciens" gardent une prudente réserve...

Qu'est-ce qui va se passer ? Ils ont entendu dire : "Les Jésuites reprennent la direction du collège". or ces mots étaient prononcés sur les tons les plus différents, avec des accents très variés, de l'attente intriguée jusqu'à se retrouver parmi tous ces bâtiments, éparpillés selon un ordre un peu désordonné... mais après quelques joursde flottement et de tâtonnement, comme cela se voit dans tout collège qui recommence, notr evoilier vogue joliment. La consigne est donnée, dès le début, claire et nette : "il faut qu'on travaille... comme en Europe".

Le Père Recteur n'y va pas de main morte et tout le corps professoral marche derrière lui. Il faut évidement un certain temps pour mettre en branle une cervelle de jeune colonial, qui sait beaucoup mieux comment dépanner une voiture que comment disséquer César. Mais il faut bien ...on est là pour stimuler les paresseux.

Le Père Recteur disparaît de la Mission dès 9 heures pour activer le travail au chantier de Nya-Lukemba; mais malgré cela, on sent errer partout et toujours son regard observateur, fureteur même. On ne rigole pas avec lui : gare à celui qui est "appelé par le Père Recteur". Après quelques semaines, sinon des mois, la résigantion au travail fait place à un emballement, au moins chez les vrais des vrais.

Si les mathématiques n'ont pas beaucoup de fervents, au moins les cours de mathématiques ne manquent pas de charme... non-mathématique. On risque même des méthodes très avancées d'école... "active": quand toute la bande de 7ème et 8ème va faire du dessin "d'après nature". Un spectacle merveilleux qui prouve les origines simiesques de l'homme, car après quelques minutes, les jeunes dessinateurs sont perchés, pour la plupart, sur une branche d'arbre. Les documents ne disent pas si les dessins ont été réussi.

Mais alors... travaille-t-on réellement ? Eh bie, l'inspecteur tant appréhendé, n'a pas eu trop à critiquer lors de sa visite des classes. ici les documents sont formels. Et un autre critère, moins solide cependant, est que les élèves bougonnaient bien de temps à autre. "On a si peu de congés"..."On a tant de trvail". Ils trimaient, c'est entendu.

Mais les professeurs encore provisoirement installé à la Mission, règnait une véritable atmosphère de famille, un legs que le Père Mosmans avait pu laisser grâce à son travail patient des années précédentes. Parfois, il fallait serrer la vis, chose normale dans un collège grandissant, mais mesure totalement incompréhensible pour un jeune colonial qui ignore les éléments de la discipline. D'où inévitablement des heurts de temps à autre, mais... on reste "bons amis" quand même.

Et si l'on s'amusait...dans le bois de sapins, ou aux parties de "drapeaux", disputées héroïquement et âprement...(on savait courir alors), ou à la Botte ! Et du cinéma? ah, là, là... Il fallait des ruses de Sioux, mais de diplomate avisé et d'avocat déluré pour obtenir du Père Recteur ces innocentes séances de pathé-Baby au réfectoire des pères.

Qui ne se rappelle pas "Belphégor" ?
Durant toute l'année, une grande, une immense attente planait sur tous. Le Père Recteur avait annoncé, au début de l'année scolaire, que le déménagement vers le nouveau collège aurait lieu très prochainement...au plus tard à la Noël.


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